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Voici le numéro Spécial « Nuke-Free Zone » du trimestriel d’Agir pour la Paix ! Vous y découvrirez les grands axes de la campagne, de nombreux articles de contenu, des graphiques, des cartes, etc. Ci-dessous, l’édito de ce numéro et si vous souhaitez en lire l’entièreté, téléchargez-le ici ou envoyez-nous un mail pour le recevoir par la poste.

Edito

sdlp_nfzIl s’en est passé depuis notre dernier numéro et le lancement de la campagne Nuke-Free Zone. Berlin, ville emblématique de la guerre, la paix et la réconciliation, a accueilli un congrès du Bureau international de la paix, qui a réuni un millier de personnes venant de plus de septante-cinq pays. Son objectif était de remettre à l’agenda la question du désarmement local, régional, national et international, ainsi que de créer une dynamique d’action commune. C’était un moment rare, durant lequel nous avons pu entendre des syndicalistes nous parler de l’urgence de reconvertir les industries du militaire vers le civil, un recteur nous parler de l’université technique de Berlin, qui ne cautionne aucune recherche qui pourrait avoir des fins militaires, des parlementaires nous parler de pacifisme…

Mais ce congrès avait une couleur particulière. En effet, le Bureau international de la paix avait organisé en son sein une conférence sur le désarmement nucléaire. Et l’on peut dire qu’à la fois pendant et depuis ce congrès, la toile de fond de l’actualité internationale a elle aussi été teintée de cette même couleur.

Premièrement, suite à une intervention indienne en territoire pakistanais, le ministre de la défense du Pakistan a menacé « d’user de son arme nucléaire ». On n’avait pas connu telle tension dans la région depuis 2001. Rappelons brièvement qu’une guerre locale entre l’Inde et le Pakistan comprenant l’usage d’une cinquantaine d’armes nucléaires aurait entre autres pour conséquences, la mort d’un à deux milliards de personnes réparties sur la surface du globe à cause de la famine résultant de l’hiver nucléaire ainsi provoqué. La Corée du Nord, quant à elle, continue sans relâche ses tests nucléaires.

A coté de ce qu’on pourrait presque qualifier d’anecdotique (avec un brin de cynisme), il y a bien entendu l’augmentation des tensions entre les États-Unis et la Russie autour de cette nouvelle « guerre par procuration » qu’est la Syrie. Diplomatie au point mort. La Russie se dit prête à abattre des avions américains. Selon le Times, les pilotes britanniques seraient autorisés à tirer sur les chasseurs russes. Les États-Unis accusent officiellement le gouvernement russe d’être à l’origine de la cyberattaque du parti démocrate. Joe Biden promet d’ailleurs une réponse à celle-ci dans une interview sur NBC.

Du côté russe, on organise un entraînement à très grande échelle impliquant 40 millions de citoyens, 200.000 secouristes, 50.000 unités de logistique : l’objectif de cet exercice est de préparer les citoyen-ne-s russes aux désastres d’envergure, qu’ils soient naturels ou d’origine humaine. Une partie de l’exercice entraîne à réagir aux conséquences d’armes chimiques, biologiques et nucléaires.

Pendant ce temps, dans le désert du Nevada, ce sont deux bombes B61-7 qui sont larguées, bien entendu sans leur tête nucléaire, par le vecteur officiel des B61 (armes tactiques aussi présentes sur le sol belge), le bombardier B-2A.

Et la liste est très loin d’être exhaustive : nous pourrions parler de la fin de l’accord bilatéral USA-Russie sur le recyclage du plutonium. Nous pourrions consacrer tout un article aux conséquences du sommet de l’OTAN à Varsovie en juillet dernier, dont l’une est notamment le quadruplage du budget (passant de $789 millions en 2016 à $3.4 milliards en 2017) consacré au projet “European Reassurance Initiative” : celui-ci vise notamment à déployer en Pologne et dans les républiques baltes un bataillon multinational opérationnel. Nous pourrions encore évoquer les missiles Iskander à capacité nucléaire, que la Russie vient d’installer dans son enclave de Kaliningrad.

Il est évident que tous ces événements ne nous mèneront pas forcément à une guerre nucléaire entre la Russie et les États-Unis. En effet, chacun cherche à montrer ses muscles afin d’avoir la plus grande liberté d’action possible en Syrie. Il n’empêche que chacun se prépare, à sa manière, à un conflit, une guerre chaude.

Qu’arriverait-il si, demain, à un incident, ce n’est pas la Turquie mais les USA qui abattent un avions Russie ou l’inverse ?

Une chose est sure : nous en sommes à un niveau de tension que nous n’avions pas connu depuis 1983, lorsqu’un avion de ligne coréen fut abattu par la Russie. Quelques semaines plus tard, l’Armageddon nucléaire fut évité par un seul homme, Stanislav Petrov : cet officier russe sauva littéralement le monde en décidant, malgré toutes les pressions de ses subalternes présents, de désobéir à la procédure, alors que le système informatique russe avait détecté – par une erreur aussi exceptionnelle qu’inexpliquée – cinq missiles nucléaires étasuniens fonçant tout droit sur la Russie…

Si l’urgence de désarmer a toujours existé, nous l’avions oubliée. Nombreuses sont les épées de Damoclès au-dessus de nos tête et nous ne connaitrons pas de cesse avant que l’épée nuclaire ne soit renvoyée à la forge.