Trump sera-t-il aussi dévastateur qu’une bombe atomique ?
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Une semaine après les élections aux USA, il est temps de se remettre du choc et d’appréhender la tête froide ce que seront demain les relations internationales et les conséquences qu’elles engendreront. Par ailleurs, un président étasunien aussi effrayant que Trump, est tout sauf un signe de bon augure quant à la lutte pour l’abolition de l’arme nucléaire. Un article pour Agir pour la Paix et rédigé par Mathilde Van Roost en master spécialisé en droit international public.

La victoire inattendue de Donald Trump a provoqué un choc a sein des observateurs politiques et marque vraisemblablement la concrétisation d’un phénomène plus global : les individus semblent exprimer leur désaccord avec le système en place. Quoi qu’il en soit, cette improbable victoire va, sans nul doute, perturber le domaine des relations internationales. En effet, le manque d’expérience du nouveau Président en politique étrangère ne fait plus de doute et pourrait s’avérer être un véritable désastre pour la diplomatie américaine. Durant sa campagne, Trump a effectivement pris position sur différentes problématiques internationales actuelles et son point de vue s’écarte bien souvent de la politique défendue par Washington ces dernières années. On observe alors qu’au lendemain des élections américaines, de nombreuses incertitudes et paradoxes se dessinent dans la sphère des relations internationales…

Nous évoquerons tout d’abord le tournant possible des relations entre le dirigeant de la plus grande puissance mondiale et son adversaire russe, Vladimir Poutine. Ce dernier était favorable à l’élection de Trump, mais affirme que la restauration des relations russo-américaines « sera un chemin long et difficile ». Cette nouvelle alliance, imprévisible, pourrait notamment compromettre les relations entre les États-Unis et le reste de la communauté internationale. En effet, les États-Unis dirigent depuis 2014 la coalition internationale qui bombarde les positions du groupe État Islamique en Irak et en Syrie et apporte un soutien militaire à plusieurs groupes rebelles opposés au régime d’Assad – quant à lui appuyé par la Russie. Même si la politique étrangère de Trump semble moins interventionniste que celle de ses prédécesseurs, il envisage tout de même d’entreprendre un dialogue avec Assad et a préalablement affirmé qu’un changement du régime syrien ne ferait qu’entrainer une plus grande instabilité. Cette attitude nous paraît paradoxale et pourrait provoquer une opposition entre les membres de la coalition internationale dans ce conflit qui a déjà fait plus de 300 000 morts.

Trump a également l’intention d’apporter son soutien au Président turc, Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier compte fermement sur Trump pour mettre en œuvre l’extradition de Fethullah Gülen, auteur présumé du putsch raté du 15 juillet 2016. Une fois encore, il apparaît que Trump s’attirerait plus d’ennemis dans le cas où il donnerait suite à une telle sollicitation de son homologue turc.

Par ailleurs, les relations entre les États-Unis et l’Occident pourraient également se détériorer en raison des critiques émises par Trump au sujet de l’Organisation Transatlantique Nord (OTAN). En effet, il estime que la charge financière reposant sur les États-Unis est trop lourde et disproportionnée par rapport aux autres États membres. L’OTAN repose principalement sur le principe de financement commun par lequel les États membres participent à concurrence de 2 % de leur produit intérieur brut (PIB). Certains États européens, dont la Belgique, ne remplissent pas cette obligation financière et cela ne plait pas au nouveau président américain. Il va dès lors revoir l’adhésion de son pays à cette organisation qu’il juge obsolète. Nous considérons la critique de Trump comme déplacée car après les évènements du 11 septembre 2001, les États-Unis ont largement profité du soutien de l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme en Afghanistan et la guerre qui en a résulté.

Un autre aspect de la politique étrangère de Trump mérite d’être soulevé et concerne plus particulièrement l’accord nucléaire conclu le 14 juillet 2015 entre les États-Unis et l’Iran. Trump a émis plusieurs objections à cet engagement qu’il considère comme étant « l’holocauste nucléaire » et a promis qu’il démantèlerait cet accord « désastreux ». L’opposition de Trump envers cet accord historique s’explique par la position sceptique de certains alliés américains du Moyen-Orient – dont Israël, principal ennemi du régime iranien. L’avènement au pouvoir de Trump se traduira donc par une politique américaine d’autant plus favorable à Israël. En effet, il a notamment affirmé qu’il ne jugeait pas les colonies juives établies dans les territoires palestiniens de Cisjordanie comme illégales et qu’il entendait même déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, ville partiellement occupée par Israël en violation du droit international. Cette position est en total désaccord avec la politique menée jusqu’alors par Washington et viole les obligations internationales des États-Unis. En effet, la Cour Internationale de Justice, organe judiciaire des Nations-Unies, a considéré comme illicite la construction d’un mur en Palestine et a également déclaré que l’établissement de colonies juives en territoire palestinien était une violation flagrante du droit international (Avis consultatif du 9 juillet 2004 sur les Conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé). Elle a imposé aux États une obligation de non-reconnaissance de cette situation illicite. Cette obligation serait violée dans le cas où Trump prêterait une telle assistance à Israël.

Trump ne semble donc pas avoir conscience des obligations découlant du droit international et n’a aucunement l’intention de le respecter. Outre la position qu’il défend envers Israël, le président américain a également promis d’enterrer l’Accord de Paris, issu de la Conférence de Paris de 2015 sur le climat. Trump soutient une position rigide sur le réchauffement climatique : selon lui, il s’agit d’une invention de la Chine émise dans le but de nuire à la production industrielle américaine. Bien que Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations-Unies, n’en soit pas convaincu, Trump compte passer outre cet engagement et promet de favoriser le développement de l’exploitation d’énergies fossiles.

Mais par-dessus tout, nous pouvons craindre l’impact de l’élection de Trump sur la problématique liée aux armes nucléaires. Le président américain s’est prononcé sur ce sujet alarmant à de nombreuses reprises et a annoncé la possibilité – et même la probabilité – d’employer des armes nucléaires en cas de dernier recours… Il estime que la fabrication de ces armes implique nécessairement la possibilité d’y recourir et ignore de ce fait la notion de dissuasion nucléaire qui domine les relations internationales. De plus, Trump a suggéré que le Japon et la Corée du Sud devraient posséder des armes nucléaires. Cependant, il s’agit d’une affirmation posée en violation du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de 1968, auquel les États-Unis sont partie – tout comme l’entièreté de la communauté internationale à l’exception de quatre États. Trump ne donne donc pas l’impression de se soucier des dangers que les armes nucléaires posent pour la survie humaine. En effet, Trump n’a sans doute pas conscience que, si moins d’un pour cent de l’arsenal nucléaire venait à exploser, cela aurait un effet dévastateur sur l’agriculture et sur la santé humaine. Nous ajouterons enfin que le président américain se trouve investi d’un pouvoir absolu en ce qui concerne la décision de déclencher le feu nucléaire. En effet, Trump pourrait prendre une telle décision à n’importe quel moment et sans aucun contrôle ni discussion préalable : un officier l’accompagne en permanence avec une mallette – surnommée « Football » – et lui permettrait d’ordonner une frappe quelque part sur le globe en quelques minutes à peine… Son comportement régressif, insouciant et irresponsable pourrait engendrer des conséquences désastreuses à l’échelle planétaire, mais pourrait aussi compromettre les négociations futures pour une convention d’élimination des armes nucléaires au sein du système onusien.

Nous espérons donc que les déclarations de Trump, illogiques et en contradiction manifeste avec le droit et le consensus international, ne pourront être mises en œuvre durant son mandat et ce, afin d’éviter la détérioration des relations américaines avec le reste de la communauté internationale.

Mathilde Van Roost