« Retirez ces bombes, nom de Dieu » | L’appel d’Yves Leterme et Willy Claes
02.12 | 10h-16h30 | Conférences | Enjeux du Traité d’interdiction
14 novembre 2017

L’ancien Premier ministre CD&V Yves Leterme et l’ex-secrétaire général de l’Otan, par ailleurs éminence socialiste flamande, Willy Claes, ont appelé, lundi dans une carte blanche dans le « Standaard », au retrait des armes nucléaires américaines basées en Europe en général, et à Kleine-Brogel en particulier.  – RTBF

Source

Écouter le podcast

Pour Yves Leterme et Willy Claes, ces armes n’ont « plus aucun intérêt militaire » et l’argument de leur utilité politique est « insuffisant » pour justifier leur maintien. Un appel au lendemain de la remise officielle du Prix Nobel de la paix à la campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires. Un appel qui confirme surtout un secret de polichinelle : la présence effective de bombes atomiques sur notre sol.

Les faux secrets de Kleine-Brogel

C’est au final le secret le moins bien gardé au monde, même s’il n’y a jamais eu de confirmation officielle. En fait, ni confirmation, ni démenti… Mais depuis 1963, au moins, notre territoire et en particulier les hangars de la base aérienne de Kleine-Brogel dans le Limbourg abriteraient bien entre 10 et 20 ogives nucléaires B-61, sous la surveillance de militaires américains spécialisés et des F-16 de la Force aérienne. Même si personne n’est censé en parler. Ou presque… Ainsi en 1988, à demi-mots, le ministre de la Défense nationale de l’époque, le PS Guy Coeme, évente le secret. Ce que fera aussi maladroitement son successeur Pieter De Crem qui, en 2011, reconnaît l’existence d’une « capacité nucléaire à Kleine-Brogel ».

En 2010, Pieter De Crem avait – a-t-on appris par la suite via quelques fuites -, pourtant rappelé à l’ordre son Premier Ministre et partenaire de parti (CD&V) Yves Leterme, partisan d’une initiative commune avec d’autres pays de l’OTAN (Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Norvège) pour le retrait d’Europe des bombes américaines et la redéfinition des missions de l’OTAN, en profitant d’un débat ouvert par le président américain Barack Obama lui-même.

Ceci après qu’en 2010 toujours, deux anciens Premiers ministres – Jean-Luc Dehaene (CD&V) et Guy Verhofstadt (Open VLD), et deux anciens ministres des Affaires étrangères – Louis Michel (MR) et Willy Claes (S.pa) déjà, aient plaidé pour le même retrait. En 2012, des documents publiés par Wikileaks confirmaient la présence des bombes.

Une résolution… jamais suivie d’effets

En 2014, un expert américain, Hans Kristensen, issu de la Fédération des scientifiques américains (FAS) spécialisé dans l’armement nucléaire américain, interrogé devant la Chambre confirmait aussi.

Et en avril 2015 enfin, le Parlement flamand adoptait à l’unanimité (sauf le Vlaams Belang qui s’abstenait) une résolution pour la sortie des armes nucléaires hors de Flandre; une résolution à la base portée par deux partis antagonistes, Groen et la N-VA, demandant au gouvernement flamand de se concerter avec le gouvernement fédéral pour un départ des ogives de Kleine-Brogel. Résolution jusqu’à présent jamais suivie d’effets.

Autant d’éléments qui démontrent qu’au final, ce secret-là n’en est plus vraiment un… puisque tout le monde en parle.