Nucléaire civile et militaire
Bonjour à toutes et tous,

Tout d'abord je tiens à remercier chaleureusement Monsieur Léo Tubbax de la plateforme Nucléaire Stop Kernenergie pour son invitation à prendre la parole ce jour. Je suis membre d'Agir pour la paix, une association qui milite, entre autres, pour un désarmement nucléaire mondial. En quelques minutes, je vais essayer de vous montrer les principaux liens qui existent entre nucléaire civil et militaire.

Depuis la fin du mois de mars, un traité d'interdiction des armes nucléaires est en cours de négociation au siège des Nations Unies à New York. La Belgique a décidé de ne pas prendre part à ces négociations et elle se positionne clairement contre ce traité. Cette convention aurait pourtant le mérite de venir compléter le traité de non prolifération des armes nucléaires dont la Belgique est État-partie. Le traité de non prolifération avaient pourtant des intentions initiales louables mais comporte malheureusement certaines lacunes qui encouragent le développement d'installations nucléaires civiles. L’article 4 du traité de non prolifération stipule en effet que les parties au traité s’engagent à collaborer au perfectionnement de l'utilisation du nucléaire pacifique.

Pour parvenir à notre objectif qu'est l'éradication des armes nucléaires, nous sommes convaincus qu'il est essentiel d’œuvrer pour une dénucléarisation globale : en effet, le fonctionnement d'une centrale nucléaire et la fabrication d'armes nucléaires sont deux processus étroitement imbriqués.

D'une part, il y a la question de l'enrichissement de l'uranium. L'uranium enrichi est non seulement utilisé comme combustible dans nos centrales nucléaires mais est également utilisé pour la fabrication de bombes et de missiles à tête nucléaire. La même installation d’enrichissement de l’uranium, en conditions égales, peut produire soit le combustible nécessaire au fonctionnement d’un réacteur standard pendant un an, soit l’uranium nécessaire pour la fabrication de 20 bombes nucléaires. L'unique différence se situe au niveau du degré d'enrichissement de l'uranium : celui-ci est enrichi entre 3 et 5 % lorsqu'il est utilisé à des fins civiles alors qu'il est enrichi à plus de 80 % lorsqu'il est utilisé à des fins militaires.

Notons également que l'enrichissement de l'uranium génère l'uranium appauvri. Ce déchet entre dans la composition de munitions. La densité de l'uranium appauvri permet à ces balles de perforer le blindage des chars. Malheureusement, l'utilisation d'uranium appauvri est lourd de conséquence pour la population civile et l'environnement puisqu'il est à la fois radiotoxique et chimiotoxique. Ce tueur encore trop méconnu fut largement utilisé dans la guerre du Golfe, au Kosovo et en Irak et est probablement encore employé aujourd'hui en Syrie puisque rien n'interdit son utilisation en droit international.

Ensuite, il y a la question du retraitement. Cette opération consiste à séparer les différents éléments qui composent le combustible usé et permet donc d'obtenir du plutonium qui n'existe qu'à l'état de traces dans la nature. Le plutonium ainsi récupéré entre certes dans la composition d’un nouveau combustible (le MOX), mais permet également de fabriquer des bombes et des têtes nucléaires.

Il est clair que le développement d'un programme nucléaire civil est le meilleur moyen d'accéder à la réalisation d'armes nucléaires. Il est donc aisé pour un État d'annoncer le développement d'installations nucléaires civiles pour ensuite les utiliser, parfois secrètement, à des fins militaires. Le traité de non prolifération des armes nucléaires ruine en fait son objectif même en encourageant le transfert de technologie nucléaire civile et en lui offrant un cadre juridique international.

Parallèlement à cela, la Belgique a récemment décidé de renouveler sa cinquantaine de chasseurs-bombardiers F-16 à partir de 2023. L'appel d'offre vient d'être lancé. Le F-35 de Lockheed Martin est grand favori et ce n'est pas étonnant puisqu'il dispose d'une capacité nucléaire et qu'il sera donc apte à transporter les bombes nucléaires étasuniennes que notre pays entrepose toujours à Kleine Brogel. Cet investissement de plus de 15 milliards d'euros a de quoi réjouir l'OTAN qui a récemment rappelé à ses membres que leurs dépenses en matière de Défense devaient atteindre 2 % de leur PIB. Cet argent est pris sur les sommes destinées à des projets sociaux, politiques, économiques ou encore environnementaux, comme par exemple l'investissement dans des énergies renouvelables. Les moyens trop réduits consacrés à ces projets sont les causes sous-jacentes de l’apparition de conflits. Pour y remédier, les budgets en matière d'armement sont sans cesse augmentés. Il s'agit dès lors d'un véritable cercle vicieux. Selon la Banque Mondiale et le Bureau pour le désarmement des Nations Unies, seulement 5% du montant utilisé à des fins militaires serait nécessaire pour atteindre les Objectifs du Développement Durable établis par l’ONU.

Pour dire NON à tout cela, nous invitons chacun et chacune à se mobiliser à l'occasion du sommet de l'OTAN qui aura lieu à Bruxelles le 25 mai prochain. Diverses actions sont prévues ainsi qu'un contre-sommet. Pour celles et ceux qui voudraient agir mais qui ne savent pas en quoi consiste une action de désobéissance civile, Agir pour la paix organise un entraînement les 6 et 13 mai prochains à Bruxelles. Si cela vous intéresse et que vous souhaitez avoir davantage d'informations ou encore que vous désirez nous contacter, des flyers sont à votre disposition.

Je vous remercie pour votre attention.

Coralie Beyens